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Croyances d’un anti-sceptique 

Toute référence gardée à ce magicien des mots qu'était Raymond Devos à qui j’avoue avoir emprunté ce titre, il faut bien admettre que l'humour et la dérision peuvent nous rapprocher parfois bien davantage de la vérité que de certaines croyances ou certitudes. 

Alors oui je suis croyant, et pour le peu qu’il m’est donné de comprendre de ce qui est aujourd’hui admis par la science, je crois que les dieux nous doivent beaucoup de leur existence et que sans vouloir remettre en cause notre perception du monde, la vérité de ce que nous percevons n'est peut-être pas tout à fait la réalité de ce qui existe vraiment. Notre cerveau, qui n'en demeure pas moins un organe exceptionnel, n'est en définitive avec nos cinq sens qu’un filtre qui nous donne une interprétation partielle d’une réalité qui pourrait dépasser notre imagination et toutes les lois de la physique jusqu'ici établies. 

En effet, non seulement il nous est déjà difficile de concevoir l'infini, l'immensité vertigineuse de l'univers, l'existence éventuelle de multivers, des milliards de galaxies et par conséquent des milliards de milliards d'étoiles, d’accepter la relativité du temps ou bien les mystères de la matière noire et bien plus encore, mais avec les formidables découvertes de la physique quantique qui nous invitent à repenser entièrement notre relation à la matière, à l’espace et au temps, ce qui existe réellement pourrait élargir les règles physiques et mathématiques jusqu’ici établies, et nous ouvrir tout un vaste champ des possibles…  

En physique quantique, Il existe une dualité onde-particule qui fait que toute particule élémentaire peut se comporter à la fois comme un corps solide et comme une onde, et un principe d'intrication qui fait que deux particules peuvent former un système intimement lié même si elles sont à divers endroits de l'univers. À cette échelle, les particules n'apparaissent donc pas comme des entités fixes mais comme des fluctuations, des probabilités et des échanges d’énergie constants, l’univers n’étant pas un ensemble d’objets figés mais une danse continue de relations et de possibilités !

Nous évoluons dans un univers dont les constituants fondamentaux sont en perpétuel mouvement, et c’est dans ce contexte que s'inscrit cet assemblage miraculeux et temporaire de particules qu'est notre vie sur Terre, dans un  processus évolutif depuis les premières bactéries jusqu'à l'ADN le plus complexe, fruit du hasard et de la nécessité, parce que toutes les conditions chimiques biologiques et physiologiques étaient réunies pour son développement.

Toutefois, et bien que les connaissances scientifiques actuelles ne puissent l'affirmer avec certitude, il est de plus en plus admis dans ce contexte de dualité et d'intrication que notre existence ne se limite  pas qu’à la matière, au temps et à l’espace, mais qu’il existe bien une dimension différente de celle perçue par l'interprétation de notre cerveau et de notre conscience. Certains avancent même l'idée que notre enveloppe biologique ne serait que la manifestation d'une énergie plus fondamentale, comme des âmes revêtues d'un corps biochimique qui serait l’instrument par lequel elles se seraient incarnées sur Terre.

On peut donc ainsi concevoir que nous existions sous forme de structure vibratoire qui serait notre être intrinsèque et notre identité profonde, en parfaite harmonie avec l'univers, et que ces vibrations puissent être également en résonance et connexion avec d'autres réalités, provenant d'un ailleurs intemporel dont nous sommes aujourd’hui incapables d’en saisir la nature, si ce n'est d'en deviner l'existence.

C'est dans cet espace fertile d’incertitudes que l’être humain qui éprouve le besoin d’expliquer, de matérialiser l’invisible, de donner du sens, voire même tout simplement de se créer une assurance vie pour l’au-delà, a pu éprouvé le besoin de créer des Dieux et leurs religions induites, avec leurs dérives et les abus que l'on connaît.

Bien sûr qu’il faut du mystique car il y a du mystère, bien sûr qu’il faut du spirituel car il y a de l'esprit mais si les religions ont le mérite de contribuer à l’épanouissement de chacun, au bon fonctionnement des sociétés, à la morale, à l'éducation ou aux conventions, elles n’en demeurent pas moins bien trop matérielles pour approcher ce que pourrait être la réalité.

Mais si la science physique ou métaphysique nous éloigne des religions, il n’en demeure pas moins de grandes interrogations et un grand mystère concernant l'origine et la nature profonde de cet univers.

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La vérité de l'art

Alors quand bien même il existe une réalité différente de celle que nous percevons, il n'en demeure pas moins que c'est bien celle que nous percevons qui constitue notre existence dans cet espace de temps et de matière qui sont les nôtres. Maintenant s’il existe un endroit qui puisse nous inviter à vibrer avec cette autre réalité de l’univers, on peut le retrouver du côté de l'expression artistique. Mais avant tout, il convient d'être précis sur ce que l'on met derrière les mots. Quand on parle de Dieu il est important de savoir ce que l'on définit par ce terme et il en est de même pour celui de l'art, souvent employé dans des acceptions diverses, à une époque où ce mot désigne de nombreuses activités, qu’elles soient artistiques, artisanales ou autres.

Hormis toute la spéculation qui régit ce marché gigantesque et cette économie à part entière, il serait bon de se demander ce qui fait réellement la valeur intrinsèque d'une œuvre, au-delà de son statut de témoignage de notre humanité, d'une période, d'une culture, d'une technique ou d'un savoir-faire.

Au départ, il y a bien évidemment le sujet, la représentation d’un sujet ou le message qui émane de l'artiste. Même si le sujet devient de plus en plus abstrait  au fil du temps, il reste le point de

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départ, le support, le lien incontournable avec notre matière, notre espace, notre temps, notre intelligence, notre sensibilité, nos émotions ou nos croyances. Le sujet est souvent le témoin d'une époque, d'une culture, d'une situation géographique, d'une histoire, avec tout ce que l'artiste peut y apporter de son vécu, de son for intérieur, de ce qui est le plus profondément enfoui en lui, de son ADN même, comme par exemple Bizet qui a écrit le plus espagnol des opéras sans n'avoir jamais posé le pied en Espagne! Longtemps, les religions ou les pouvoirs en place ont fourni aux artistes leurs sujets, les rendant très dépendants de leurs mécènes, or l'évolution de l'art nous prouve qu’il peut très bien s'estomper jusqu’à en devenir abstrait comme dans la peinture moderne, quand bien même beaucoup essaieront toujours d'y trouver un sens, une explication rationnelle ou philosophique, au point même de devoir quelquefois en chercher un mode d'emploi et en devenir une masturbation intellectuelle, voire une vaste escroquerie.

Je crois que la quintessence d'une œuvre ne réside donc pas dans son sujet ou son message, mais bien dans les vibrations qui en émanent et qui en révèlent la substantifique moelle, le fond est dans la forme ! Quand on regarde un film pour la deuxième ou troisième fois, on ne le fait plus pour l'histoire même si l'intrigue est excellente, mais bien pour y retrouver du plaisir dans la justesse du jeu des acteurs ou dans la beauté des images. Il en va de même pour un opéra de Mozart ou Verdi, l’essentiel est bien moins dans la traduction du livret même si cela aide à la compréhension, que dans les vibrations émises par la beauté des voix et de la musique. Dans un autre registre, le pape Jean-Paul II a été tant aimé bien moins pour le message de l'Église qui demeure immuable, que pour sa personnalité et sa façon d'être, il est d'ailleurs intéressant de rappeler qu'il fut dans sa jeunesse, un homme de théâtre.

Ensuite viennent la création et la composition. Bien sûr qu'il est nécessaire d'avoir de la création, la vie elle-même est en création permanente, en succession perpétuelle de déconstructions et de reconstructions, à partir d'un chaos nécessaire dû au déséquilibre aussi infime soit-il qui constitue l'essence même du mouvement. Sans création, il n'y aurait pas de vie et nous ne serions pas là. Toutefois, en cette époque d'imaginations fertiles et d'évolutions rapides, où pleuvent chaque jour et dans tous les domaines de nouvelles inventions qui chassent aussitôt les précédentes sans leur laisser le temps d'exister, il est difficile de prendre le recul nécessaire pour ne pas se laisser absorber par des effets de mode. La création est partout: dans le graphisme, la rue, la publicité, les voitures, les constructions, nos assiettes, partout où se posent nos yeux, en participant aux modes et courants des époques qui l'habitent.

Et pour finir la vérité de l’art ; Jean Bazaine dans son livre “Exercice de la peinture” écrivait : ”Ce désert (la toile blanche), le premier pas, la première touche l’envahit tout entier, bord à bord: un espace se crée, le blanc devient lumière, la toile commence d'exister. Cette première semence vient de nous, elle est nous, ce sera sans doute notre seul acte entièrement libre. Un deuxième pas, une deuxième touche: un autre espace, une autre lumière apparaissent. Sans doute l’avions-nous voulu, mais déjà la toile existait et, sans que nous en soyons avertis, elle commençait de nous mener. Et peu à peu, multipliant les gestes, les appels, revenant en arrière, tour à tour nous affirmant et nous niant, allant et venant dans ce désert de plus en plus peuplé, nous nous efforçons d’amener à la lumière ce grand corps incertain qui, à son tour, nous appelle à l’existence.”

On ne peut mieux dire, une œuvre joue la musique de nos âmes, à travers la main de l'artiste, guidée par une force totalement irrationnelle. C'est une forme de vie qui à partir de la matière, du temps et de l'espace nous en libère, dans l'équilibre miraculeux des lignes, des formes, des couleurs, des blancs, des noirs, des notes ou des silences qui prennent vie les uns avec les autres, pour émettre ces vibrations qui résonnent à l'unisson de l'univers. 

Sa valeur intrinsèque ne réside donc ni dans le sujet ni dans les émotions qu'elle procure, mais surtout dans les vibrations profondes qui en émanent. Il n'existe pas d'explication rationnelle ni de raisonnement pleinement intelligible permettant à notre conscience de comprendre pourquoi une œuvre devient vivante. Elle s'impose et prend vie d'elle-même, en harmonie avec l'artiste, elle n'a pas d'âge, elle est hors du temps, des modes, des courants et de la matière, elle nous aide à deviner la lumière, nous invite pour un instant à un dialogue avec l’invisible et avec les âmes elle chuchote…

 

La science nous rapproche de l'exactitude, l'art nous rapproche de la vérité.

​P.H.

© Philippe Houzé - 06 11 58 59 38

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