top of page

Croyances d’un antiseptique

Toutes références gardées à ce magicien des mots qu'était Raymond Devos à qui je l’avoue avoir emprunté ce titre, il faut bien admettre que l’humour et la dérision nous rapprochent bien plus souvent  de la vérité que de certaines croyances ou certitudes.

Et de citer Michel Audiard : “j’aime bien les fêlés car ils laissent passer la lumière...”

Alors oui je suis croyant, et pour le peu qu’il m’est donné de comprendre ce qui est maintenant globalement admis par la communauté scientifique, je crois que les Dieux nous doivent beaucoup de leurs existences et que sans vouloir remettre en cause notre perception du monde, la vérité de ce que nous percevons n'est peut-être pas tout à fait la réalité de ce qui pourrait vraiment exister. Notre cerveau, même s’il n'en demeure pas moins un organe exceptionnel, n'est en définitive avec nos cinq sens qu’un filtre qui interprète cette réalité, réalité qui pourrait dépasser notre imagination et toutes les lois de la physique jusqu'ici établies. En effet, non seulement il nous est difficile de concevoir l'infini, l'immensité de l'univers voir des multivers, des milliards de galaxies et par conséquent des milliards de milliards d'étoiles, d’accepter la relativité du temps ou bien les mystères des trous noirs et bien plus encore, mais avec les formidables découvertes de la physique quantique comme la théorie des cordes et des énergies vibratoires qui nous invitent à repenser notre relation à la matière et qui en défient les lois, ce qui pourrait vraiment exister par delà cette matière pourrait remettre en cause beaucoup de théories jusqu’ici établies. Les particules fondamentales n’existent pas comme des entités fixes mais comme des fluctuations, des probabilités et des échanges d’énergie constants, l’univers n’est pas un ensemble d’objets figés mais une danse continue de relations et de possibilités ! 

Albert Einstein disait d’ailleurs  il y a plus de 100 ans de la matière “qu'elle n’est qu’un niveau de vibrations d’une énergie universelle, quand quelque chose vibre, les électrons de l'univers tout entier résonnent avec lui, tout est connecté. Nous sommes des âmes habillées de vêtements biochimiques sacrés et nos corps sont les instruments par lesquels nos âmes jouent leur musique”.

Il nous faut donc bien admettre que nous évoluons dans ce  contexte d'énergies vibratoires bien réelles dans lequel s'inscrit cet assemblage miraculeux et temporaire de particules élémentaires qu'est notre vie sur terre, dans un processus évolutif depuis les premières bactéries jusqu'à l'ADN le plus complexe, fruit du hasard et de la nécessité, parce que toutes les conditions chimique, biologique et physiologique étaient réunies pour son développement, admettre que nous sommes otages du temps, de l'espace et de la matière avec leurs règles induites pas toujours faciles à accepter, matière qui serait la cristallisation d'une énergie vibratoire à l'image de l'humidité de l'air qui se condense en eau selon la température, admettre que la mort n'est qu’un changement de niveau de  fréquences de ces vibrations, un changement d’état ou une transformation plutôt qu'une disparition, vibrations que nous mêmes émettons également et dont il nous est autorisé de croire qu’elles puissent nous survivre et nous donner ainsi un peu d'éternité en dehors de toutes valeurs de bien ou de mal, de paradis ou d’enfer.

Mais si un peu de science nous éloigne de Dieu il n'en reste pas moins une grande inconnue quand à l'origine de cette énergie créatrice de l'univers voir même des multivers, et que c'est dans cet espace fertile d’incertitudes que l’homme devinant une autre dimension mais qui a besoin de matérialiser, de justifier voir même tout simplement de se créer une assurance vie pour l’au-delà, l’homme a donc éprouvé le besoin d’inventer des Dieux et leurs religions induites avec leurs déviances et les abus que l'on connaît. Bien sur qu’il faut du mystique car il y a du mystère, bien sur qu’il faut du spirituel car il y a de l’esprit mais si les religions ont le mérite de contribuer à l’épanouissement de chacun, au bon fonctionnement des sociétés, à la morale, à l'éducation ou aux conventions, elles n’en demeurent pas moins bien trop matérielles pour approcher ce qui pourrait être de la réalité. 

Et pour ce qui est de donner du sens à la vie, comme  notre conscience et notre compréhension du monde dépendent de ce que l’on peut appréhender par nos capacités de perceptions limitées à notre cerveau , charge à nous de lui en donner un, de la vivre pleinement ou du moins de la rendre la plus supportable possible, avec autant que faire se peut de l’amour, du plaisir, des rêves, des envies, des espoirs et des désespoirs, des victoires, des échecs, de la poésie, de la passion mais aussi et surtout avec ces petits moments de bonheur, bonheur que l’on reconnaît au bruit qu’il fait en claquant la porte…

​​​​

La vérité de l'art

Avant d'aborder cette notion de vérité qui est propre à chacun de nous comme le sont  les notions de bien ou de mal et qui diffèrent de la réalité, il serait bon de prendre un peu de recul et d'être le plus précis possible sur ce que l'on met derrière les mots. Si vous me demandez si je crois en Dieu, je commencerais par vous retourner la question afin de savoir ce que vous mettez précisément derrière ce mot et il en va de même pour ce qui est de l’art, souvent utilisé dans plusieurs acceptions, dans une époque où ce mot se démocratise à beaucoup d'activités artistiques et artisanales. Hormis toute la spéculation qui régit ce marché gigantesque et cette économie à part entière, il serait bon de se demander ce qui fait la valeur intrinsèque d’une œuvre autrement que le témoignage de notre humanité, d’une période, d’une culture, d'une technique ou d’un savoir-faire.

Au départ il y a bien évidemment le sujet, la représentation du sujet ou du message souhaité par l'artiste, même si ce sujet devient de plus en plus abstrait au fil du temps, il n'en demeure pas moins qu'il reste le point de départ, le support, le lien obligé avec notre matière, notre corps, notre cerveau, notre intelligence, notre sensibilité, nos sentiments, nos émotions ou nos croyances. Le sujet est souvent le témoin d’une époque, d’une culture, d’une situation géographique,  d’une histoire  avec​ tout ce que peut apporter l'artiste de son vécu, de

0000.JPG

son fort intérieur et aussi de ce qui est le plus profondément enfoui en lui, voir de son ADN. Longtemps les religions, les croyances ou les pouvoirs en place ont servi les artistes pour les sujets  en les rendant très dépendants de leurs mécènes, hors l’évolution de l’art nous prouve que le sujet peut devenir abstraction et qu’il ne demeure au final que secondaire, l'évolution de la peinture moderne en étant d’ailleurs la démonstration. Bien que beaucoup essaieront toujours de trouver un sens ou une explication rationnelle, philosophique ou autre au sujet, au ​point même de devoir quelquefois trouver un mode d’emploi à la lecture d'une œuvre, pour au final en devenir une masturbation intellectuelle, voir une vaste escroquerie, je crois qu'il est vain de chercher dans le sujet l’essentiel ou la quintessence d’une œuvre car ce n’est pas vraiment ce que l’on dit qui importe mais bien la façon dont on le dit qui révèle le véritable sens d'une expression ! 

Ensuite vient la création et la composition, bien sur il est nécessaire qu’il y ait de la création, la vie est elle-même sans cesse une création, une perpétuelle création, de déconstructions en reconstructions, à partir d’un chaos nécessaire dû au déséquilibre aussi infime soit-il qui est l'essence même du mouvement, sans création il n’y aurait pas de vie et nous ne serions pas là. La nature elle-même est créative, pour exemple les cristaux de glace, qui doivent obligatoirement disposer de six branches et qu’il existe une multitude de formes de cristaux du plus simple au plus complexe, tous rivalisant les uns des autres d'originalité et de beauté, mais tous ayant obligatoirement les six branches pour former de la glace. Alors en cette époque d’évolution rapide où pleuvent tous les jours et dans tous les domaines de nouvelles créations ou inventions qui détruisent aussitôt les précédentes sans leur laisser le temps d'exister, il est difficile de prendre suffisamment de recul pour ne pas se laisser absorber par un éventuel effet de mode. Et même si d’aucun diront que tout a déjà été fait en matière de création artistique, le champ des possibles reste ouvert, la création est partout, dans nos rues, dans la pub, dans nos maisons, nos assiettes, partout où se posent nos yeux mais le contenu d’un message est bien moins dans le message lui-même que dans la manière dont il est traité, le fond est dans la forme !  Quand vous regardez un film pour la deuxième ou troisième fois, vous ne le regardez pas pour l’histoire ou pour le sujet, même si l’intrigue est bien ficelée, mais bien pour y retrouver du plaisir dans la vérité du jeu des acteurs ou la beauté des images, idem pour un chanteur, beaucoup de jeunes des années 60 qui adoraient les  groupes anglo-saxons ne connaissaient pas forcément la traduction des paroles, ce qu’ils appréciaient surtout c’était la musique et tout ce qu’elle pouvait donner de vibrations ou d’émotions dans sa forme ! Dans un autre registre, le Pape Jean-Paul 2 a été tant aimé bien moins par le message de l’église qui reste immuable que par sa personnalité et sa façon d’être, et il est d’ailleurs intéressant à ce sujet de remarquer qu’il était dans sa jeunesse un homme de théâtre!

Et pour finir la vérité de l’art ; Jean Bazaine dans son livre “Exercice de la peinture” écrivait : ”Ce désert (la toile blanche), le premier pas, la première touche l’envahit tout entier, bord à bord: un espace se crée, le blanc devient lumière, la toile commence d'exister. Cette première semence vient de nous, elle est nous, ce sera sans doute notre seul acte entièrement libre. Un deuxième pas, une deuxième touche : un autre espace, une autre lumière apparaissent. Sans doute l’avions nous voulu, mais déjà la toile existait et, sans que nous en soyons avertis, elle commençait de nous mener. Et peu à peu, multipliant les gestes, les appels, revenant en arrière, tour à tour nous affirmant et nous niant, allant et venant dans ce désert de plus en plus peuplé, nous nous efforçons d’amener à la lumière ce grand corps incertain qui, à son tour, nous appelle à l’existence.”

Et de citer à nouveau Albert Einstein: ”le hasard est le déguisement que prend Dieu pour voyager incognito».

L’œuvre devient la trace que nous laisse “Dieu de son voyage incognito”, à travers la main de son auteur, guidée par une force irrationnelle, c’est elle qui guide l’artiste, lui donnant une vie insoupçonnée au départ. C’est une forme de vie qui émerge de la matière, dans l’équilibre miraculeux des lignes, des formes, des couleurs, des blancs, des noirs, des notes ou des silences qui prennent vie en résonance les uns  aux autres, qui émettent des vibrations, vibrations qui résonnent à l’unisson de l'univers.

La valeur intrinsèque d’une œuvre ne réside donc pas dans le sujet ou les émotions procurées mais surtout dans les vibrations qui en émanent, il n'y a pas d'explication rationnelle ou de raisonnement intelligible par notre conscience pour qu'une œuvre devienne vivante, elle s’impose et prend vie d'elle même, à l’insu de son créateur, elle n’a pas d’âge, elle est hors du temps, des modes et des courants et de la matière. Une œuvre nous laisse donc un peu plus à deviner la lumière, elle nous permet de transcender, elle est un lien vers le mystère de la réalité et nous autorise à un peu d’immortalité, peut-être...

La science nous rapproche de l'exactitude, l'art nous rapproche de la vérité.

© Philippe Houzé - 06 11 58 59 38

  • Facebook
  • LinkedIn
bottom of page